Il y a des nations qui s’imposent par leur puissance militaire.
D’autres par leur puissance économique.
Mais les plus durables…
s’imposent par leur culture.
La République Démocratique du Congo est, sans conteste, l’une des plus grandes puissances culturelles du monde. Pourtant, cette puissance reste aujourd’hui largement sous-exploitée, fragmentée, parfois même négligée dans nos politiques publiques.
À l’horizon 2060, année du centenaire de notre indépendance, il est temps de changer de paradigme :
faire de la culture non plus un secteur marginal, mais un pilier stratégique de l’émergence nationale.
I. La RDC : une superpuissance culturelle qui s’ignore
De la rumba congolaise — inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO —
aux œuvres intemporelles de Franco Luambo,
de Papa Wemba à Koffi Olomidé,
en passant par la mode, la danse, le cinéma, les arts visuels et les langues vivantes…
le Congo rayonne déjà.
Mais ce rayonnement est spontané, non structuré, et surtout faiblement capté économiquement.
Résultat :
nous exportons du talent… mais nous importons de la valeur.
II. 2060 : bâtir une véritable économie culturelle congolaise
Ma vision est claire :
transformer la culture congolaise en une industrie stratégique créatrice de richesse, d’emplois et d’influence.
À l’horizon 2060, la RDC doit viser :
- Une contribution du secteur culturel de 8 à 12 % du PIB
- La création de millions d’emplois directs et indirects
- Une position de hub culturel africain et mondial
Pour y parvenir, cinq transformations majeures s’imposent :
1. Structurer une industrie culturelle moderne
Créer :
- Des zones économiques culturelles spéciales
- Des studios de production de classe mondiale
- Des fonds d’investissement culturels
Objectif :
passer de l’informel à une industrie compétitive.
2. Protéger et valoriser les droits des artistes
Mettre en place :
- Une réforme profonde de la gestion des droits d’auteur
- Une traçabilité numérique des œuvres
- Une justice culturelle efficace
Un artiste congolais doit pouvoir vivre dignement de son talent.
3. Investir massivement dans la formation artistique
Créer :
- Des écoles nationales d’excellence (musique, cinéma, design, mode)
- Des programmes d’échanges internationaux
- Des incubateurs créatifs
Former une génération de créateurs capables de conquérir le monde.
4. Faire de Kinshasa une capitale culturelle mondiale
Positionner Kinshasa comme :
- La capitale africaine de la musique et de la créativité
- Un centre majeur de festivals internationaux
- Une plateforme d’innovation culturelle
Kinshasa doit devenir à la culture africaine
ce que Lagos est à l’industrie musicale…
ou Paris à la mode.
5. Mobiliser la diplomatie culturelle
Créer une stratégie d’influence globale :
- Instituts culturels congolais à l’étranger
- Tournées artistiques soutenues par l’État
- Plateformes numériques mondiales
La culture doit devenir un outil de soft power assumé.
III. Culture, identité et cohésion nationale
Au-delà de l’économie, la culture est un facteur clé d’unité nationale.
Dans un pays aussi vaste et divers que la RDC,
elle est ce qui nous relie profondément.
À travers :
- nos langues
- nos traditions
- nos expressions artistiques
nous construisons un récit commun.
La politique culturelle de 2060 devra être aussi une politique de cohésion nationale.
IV. Une révolution culturelle à la congolaise
Ce que je propose, ce n’est pas une réforme.
C’est une révolution.
Une révolution dans laquelle :
- chaque jeune créatif devient un acteur économique
- chaque artiste devient un ambassadeur du pays
- chaque œuvre devient une source de richesse
Et surtout,
une révolution où la culture cesse d’être perçue comme un luxe…
pour devenir une priorité stratégique.
Conclusion : bâtir la puissance invisible de la RDC
À l’horizon 2060, la RDC peut devenir :
- Une puissance économique
- Une puissance politique
- Mais surtout… une puissance culturelle incontournable
Car la culture est la seule richesse capable de traverser les siècles,
de toucher les peuples,
et de faire aimer une nation sans contrainte.
Le XXIe siècle sera celui des nations qui savent raconter leur histoire.
Le Congo a une histoire exceptionnelle.
Il est temps de la transformer en puissance.
Walter Mulumba Nyengele
Président, Congo Emergence
Consultant en gouvernance, stratégie et développement durable



