Pour que la rente minière d'aujourd'hui devienne le patrimoine des Congolais de 2060
Chaque tonne de cuivre, de cobalt ou d’or qui quitte notre sous-sol est un prélèvement irréversible sur le patrimoine des Congolais qui ne sont pas encore nés. La question n’est donc pas de savoir si nous exploitons nos ressources — nous les exploitons, massivement — mais ce que nous laisserons lorsque les gisements se seront tus. C’est précisément à cette question que le Fonds Minier pour les Générations Futures, le FOMIN, était censé répondre. Il est temps qu’il y réponde vraiment.
Une idée juste, une promesse inaccomplie
Le législateur congolais a eu, en 2018, une intuition rare sur le continent : inscrire dans le Code minier révisé (Loi n°18/001 du 9 mars 2018) le principe d’une épargne nationale adossée à la redevance minière, destinée à garantir « l’après-mine ». Une quotité de cette redevance — fixée initialement à 10 %, puis ramenée à 8 % par le Décret n°23/32 — alimente ainsi un fonds dont la vocation est de constituer des richesses au bénéfice des générations à venir. Selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, plusieurs centaines de millions de dollars y ont déjà été collectés. L’idée est juste. Elle est même visionnaire.
Mais une institution ne vaut que par la confiance qu’elle inspire. Or le FOMIN a traversé, ces derniers mois, une zone de turbulences qui a ébranlé cette confiance et rappelé une vérité simple : un fonds pour les générations futures qui ne rend pas de comptes aux générations présentes trahit doublement sa mission. Les appels de la société civile à un audit indépendant et à la publication systématique des rapports ne sont pas des attaques contre l’institution ; ils sont, au contraire, la preuve que la Nation tient à elle.
Le moment refondateur
La nomination, le 3 juin 2026, d’une nouvelle équipe dirigeante ouvre une fenêtre historique. Ce moment ne doit pas être géré comme une simple relève administrative : il doit être assumé comme une refondation. Refonder, c’est d’abord solder le passé par la transparence — un audit indépendant, des états financiers publiés, un portail public des investissements. C’est ensuite doter le Fonds d’une doctrine d’investissement écrite, opposable et connue de tous, afin que plus jamais un décaissement ne puisse être perçu comme le fruit de l’arbitraire. C’est enfin protéger le FOMIN des cycles politiques : son horizon est le demi-siècle, pas le quinquennat.
Oser la comparaison avec les meilleurs
La Norvège a transformé son pétrole en un fonds souverain qui finance aujourd’hui les retraites de ses enfants et pèse sur les marchés mondiaux. Le Botswana a fait de ses diamants, via le Pula Fund, un amortisseur de crises et un levier de stabilité macroéconomique. Ces pays n’étaient pas plus riches que nous au départ ; ils ont simplement été plus disciplinés. Trois principes fondent leur réussite : une règle d’accumulation sanctuarisée que nul gouvernement ne peut suspendre au gré de la conjoncture ; une gouvernance professionnelle et indépendante, recrutée sur la compétence ; une transparence radicale, où chaque franc est traçable par chaque citoyen.
Rien n’interdit à la République Démocratique du Congo — premier producteur mondial de cobalt, géant du cuivre — de se hisser à ce standard. Tout, au contraire, l’y oblige. À l’horizon 2060, un enfant qui naît aujourd’hui à Mbanza Ngungu, à Kolwezi ou à Kisangani aura 34 ans. Le FOMIN doit être pensé pour lui.
La quotité de 8 % : un plancher, pas un plafond
La réduction de la quotité de 10 % à 8 % a été présentée comme un arbitrage budgétaire. Soit. Mais soyons lucides : chaque point de quotité abandonné aujourd'hui est une dette silencieuse contractée envers nos petits-enfants. Je plaide pour que les 8 % actuels soient sanctuarisés par la loi comme un plancher intangible, et pour qu'une trajectoire de remontée progressive vers 10 % — voire au-delà — soit inscrite dans un pacte intergénérationnel, indexée sur les cycles haussiers des cours du cuivre et du cobalt. Quand les prix flambent, c'est la part des générations futures qui doit croître, pas seulement celle des dépenses courantes.
Investir, pas thésauriser : six chantiers productifs
Un fonds pour les générations futures ne doit pas être un coffre-fort dormant ; il doit être un investisseur patient. Le récent partenariat conclu pour la transformation locale des diamants et la traçabilité numérique de la filière va dans le bon sens : il montre qu’un FOMIN offensif peut créer de la valeur sur le sol congolais. Il faut aller plus loin et bâtir un portefeuille diversifié d’actifs productifs. Nous en proposons six lignes directrices : des mini-centrales hydroélectriques pour électrifier les territoires ; des infrastructures numériques pour connecter la jeunesse ; des unités de transformation agro-industrielle pour sortir de l’exportation brute ; une logistique de chaîne du froid pour révolutionner notre agriculture ; des participations financières génératrices de rendement ; enfin, un fonds de garantie dédié aux PME congolaises, pour que l’épargne minière irrigue l’entrepreneuriat national.
Chacune de ces lignes obéit au même critère : produire un double dividende, financier pour le Fonds, structurant pour la Nation. C’est ainsi que la rente devient patrimoine, et que le sous-sol finance le dessus du sol.
Cinq engagements pour un pacte intergénérationnel
Nous proposons que la refondation du FOMIN s’articule autour de cinq engagements : premièrement, un audit indépendant publié, pour repartir sur des fondations claires ; deuxièmement, une loi de sanctuarisation de la quotité et des règles de décaissement ; troisièmement, une doctrine d’investissement publique, assortie d’un comité d’investissement indépendant ; quatrièmement, un portail citoyen de transparence, actualisé en temps réel ; cinquièmement, un cap stratégique 2060, aligné sur l’ambition d’une économie congolaise diversifiée, industrialisée et souveraine.
Le rendez-vous avec l'Histoire
Les nations qui réussissent sont celles qui savent différer une part de leur consommation pour bâtir leur avenir. Le FOMIN est, potentiellement, la plus belle promesse institutionnelle que la République se soit faite à elle-même depuis la révision du Code minier. La nouvelle direction a entre les mains bien plus qu’un établissement public : elle tient le fil qui relie le Congo d’aujourd’hui au Congo de 2060. Qu’elle le tende, qu’elle le consolide, et l’Histoire retiendra que c’est ici, maintenant, que la richesse du sous-sol congolais a cessé d’être une rente pour devenir un héritage.
Le Congo de demain se décide aujourd’hui. Le FOMIN peut en être le trésor patient. À nous d’en être les gardiens exigeants.
Walter Mulumba Nyengele
Fondateur & Président Exécutif, Congo Emergence


