Faire du Congo une puissance numérique souveraine, inclusive et productive
À l’horizon 2060, je vois une République Démocratique du Congo qui ne subit plus la révolution numérique, mais qui la dirige, l’organise et l’utilise comme levier central de souveraineté, de bonne gouvernance, de création d’emplois, d’industrialisation, de sécurité nationale et de transformation sociale.
Le numérique ne doit pas être seulement une affaire de téléphones, d’applications, de réseaux sociaux ou de fibre optique. Il doit devenir une infrastructure stratégique de l’État, au même titre que les routes, l’énergie, l’eau, l’école, la santé et la défense nationale.
La RDC dispose déjà d’un socle : le Plan National du Numérique Horizon 2025 reposait sur quatre piliers — infrastructures, contenus, usages applicatifs, gouvernance et régulation — avec l’ambition de faire du numérique un levier d’intégration, de bonne gouvernance, de croissance économique et de progrès social. Mais ce socle doit maintenant être dépassé par une vision de long terme : RDC Numérique 2060.
1. Une RDC totalement connectée
Ma première ambition est simple : aucun Congolais ne doit être exclu du numérique à cause de son lieu de naissance, de son revenu, de son niveau d’instruction ou de son genre.
D’ici 2060, chaque village, chaque école, chaque centre de santé, chaque université, chaque administration, chaque poste frontalier, chaque tribunal et chaque zone économique spéciale devra être connecté à un internet fiable, abordable et sécurisé.
La RDC ne pourra pas devenir une puissance numérique avec une connectivité concentrée à Kinshasa, Lubumbashi, Goma ou Matadi. Le numérique doit pénétrer le Congo profond : Équateur, Sankuru, Maniema, Tshuapa, Mongala, Tanganyika, Kasaï, Haut-Uele, Bas-Uele, Ituri, Maï-Ndombe.
L’ARPTC indique qu’au quatrième trimestre 2025, un utilisateur mobile sur deux en RDC accédait désormais à l’internet mobile, ce qui montre une progression réelle, mais aussi l’immense chemin restant à parcourir.
2. Une souveraineté numérique congolaise
La RDC doit cesser d’être seulement consommatrice de technologies étrangères. Elle doit devenir productrice de solutions numériques, de données, de logiciels, de plateformes, de talents et d’innovations.
Cela suppose :
- des data centers souverains ;
- une identité numérique nationale fiable ;
- un cloud public congolais ;
- une stratégie nationale de cybersécurité ;
- une agence nationale de protection des données ;
- une doctrine nationale sur l’intelligence artificielle ;
- une réglementation claire sur les plateformes numériques ;
- une capacité nationale de stockage, de traitement et de valorisation des données publiques.
La donnée congolaise doit devenir une ressource stratégique, comme le cuivre, le cobalt, le lithium, l’eau douce et la forêt. Mais contrairement aux minerais, elle doit être protégée avant d’être exploitée.
3. Un État entièrement digitalisé
À l’horizon 2060, je veux une administration congolaise sans files interminables, sans dossiers perdus, sans paiements opaques, sans signatures bloquées dans les tiroirs.
Chaque citoyen devra pouvoir obtenir en ligne :
- son acte de naissance ;
- sa carte d’identité ;
- son passeport ;
- son casier judiciaire ;
- son permis de conduire ;
- son titre foncier ;
- ses documents fiscaux ;
- ses documents scolaires et universitaires ;
- ses documents sociaux.
La digitalisation de l’État doit devenir une arme contre la corruption, les tracasseries, les lenteurs administratives et les pertes de recettes publiques.
4. Une économie numérique créatrice d’emplois
Le numérique doit devenir un grand secteur d’emploi pour la jeunesse congolaise.
La RDC doit former massivement :
- des développeurs ;
- des ingénieurs cybersécurité ;
- des spécialistes en intelligence artificielle ;
- des techniciens réseaux ;
- des analystes de données ;
- des designers numériques ;
- des entrepreneurs tech ;
- des réparateurs et assembleurs d’équipements ;
- des spécialistes fintech, agritech, healthtech, edtech et govtech.
Mon objectif serait clair : faire émerger d’ici 2060 au moins 1 million d’emplois directs et indirects dans l’économie numérique congolaise.
5. Une école congolaise numérique
La transformation numérique doit commencer à l’école.
Chaque élève congolais devra être initié :
- à l’informatique ;
- au codage ;
- à la culture numérique ;
- à la cybersécurité de base ;
- à l’intelligence artificielle ;
- à l’entrepreneuriat numérique.
Chaque université publique devra disposer d’un campus numérique, d’une bibliothèque digitale, d’une plateforme d’enseignement à distance et de laboratoires d’innovation.
6. Un numérique au service de la santé
Le Congo de 2060 devra disposer d’un système national de santé numérique :
- dossier médical électronique ;
- télémédecine ;
- cartographie des maladies ;
- suivi numérique des épidémies ;
- gestion digitale des médicaments ;
- surveillance sanitaire en temps réel ;
- plateformes de formation médicale à distance.
Dans un pays aussi vaste que la RDC, le numérique peut sauver des vies là où les routes, les hôpitaux et les spécialistes manquent encore.
7. Un numérique au service de l’agriculture
La révolution agricole congolaise devra être aussi numérique.
Il faut développer :
- des plateformes de prix agricoles ;
- des cartes numériques des sols ;
- des applications météo rurales ;
- des systèmes de paiement mobile pour agriculteurs ;
- des plateformes de vente directe ;
- des drones agricoles ;
- des bases de données foncières rurales ;
- une traçabilité numérique des produits agricoles.
Le paysan congolais de 2060 ne doit plus être isolé. Il doit être connecté au marché, au crédit, à l’information, à l’assurance et à la logistique.
8. Une fintech congolaise puissante
Le mobile money et les paiements numériques doivent devenir des instruments d’inclusion financière massive.
La RDC doit bâtir :
- une interopérabilité nationale des paiements ;
- une identité financière digitale ;
- un système de crédit numérique responsable ;
- des plateformes d’épargne populaire ;
- des solutions de paiement pour l’impôt, les taxes et les services publics ;
- une protection forte des consommateurs.
Le numérique doit permettre à des millions de Congolais aujourd’hui exclus du système bancaire d’entrer dans l’économie formelle.
9. Une cybersécurité nationale forte
Plus l’État devient numérique, plus il devient vulnérable.
La RDC doit donc créer une véritable architecture nationale de cybersécurité :
- commandement national cyber ;
- centre national de réponse aux incidents ;
- école nationale de cybersécurité ;
- magistrats spécialisés en cybercriminalité ;
- police scientifique numérique ;
- protection des infrastructures critiques ;
- coopération cyber avec les pays africains et partenaires stratégiques.
La souveraineté numérique sans cybersécurité est une illusion.
10. Une intelligence artificielle congolaise
L’intelligence artificielle ne doit pas être laissée aux autres. La RDC doit créer sa propre doctrine nationale de l’IA.
Cette IA devra servir :
- l’éducation ;
- la santé ;
- la justice ;
- l’agriculture ;
- la fiscalité ;
- les mines ;
- la sécurité ;
- l’urbanisme ;
- la gestion des catastrophes ;
- la planification économique.
Mais elle devra être encadrée par des principes clairs : éthique, transparence, protection des données, souveraineté, inclusion et contrôle humain.
Les grands projets numériques à lancer
Je propose 10 projets phares :
- RDC Connect 2060 : connectivité nationale intégrale.
- Identité Numérique Congolaise : un identifiant unique sécurisé pour chaque citoyen.
- Cloud Souverain Congolais : stockage sécurisé des données publiques.
- Administration Zéro Papier : digitalisation complète des services publics.
- École Numérique Congolaise : codage et culture numérique dès le primaire.
- Cyberdéfense RDC : protection des infrastructures critiques.
- Fonds National pour l’Innovation Numérique : financement des start-ups congolaises.
- Kinshasa Tech City : hub numérique national et régional.
- Data Congo 2060 : gouvernance nationale des données.
- IA Congo : stratégie nationale d’intelligence artificielle.
Conclusion
Ma vision est celle d’un Congo qui entre pleinement dans le XXIᵉ siècle technologique sans perdre son âme, sa souveraineté ni sa vocation sociale.
À l’horizon 2060, la RDC ne doit pas seulement être un pays riche en minerais. Elle doit devenir une puissance numérique africaine, capable de produire ses propres solutions, protéger ses données, former sa jeunesse, moderniser son État, sécuriser son territoire et créer de la richesse par l’intelligence, l’innovation et la technologie.
Le Congo de demain sera minier, agricole, énergétique, culturel — mais il devra aussi être profondément numérique.
Le numérique doit devenir l’un des piliers de la renaissance congolaise.
Walter Mulumba Nyengele
Président, Congo Emergence
Consultant en gouvernance, stratégie et développement durable



